La passeuse
De Steph
 
Partie II
Duncan arriva chez Mélissa, lui demanda des explications. Elle lui expliqua qu'elle était une passeuse, chargée de permettre aux immortels qui le désiraient de se suicider. Elle n'était pas passeuse depuis très longtemps, Iris lui avait enseigné les rituels. Quand Duncan demanda où était Iris, Mélissa répondit après un moment de silence que les passeuses elles-mêmes, malgré leur expérience, ne pouvaient supporter une trop grande absorption de douleur. Elles-mêmes se faisaient "suicider" par leurs élèves après une très grande préparation psychologique de celles-ci, qui durait des mois et des mois. Mélissa n'avait pas eu besoin de tant de mois pour se préparer à exécuter Duncan. La tâche était moins difficile dans son cas.
"Alors, tu étais là parce que tu as senti que je voulais la mort ?
- Lorsque je t'ai observé sur ta péniche, j'ai décerné un grand trouble dans ton regard, j'ai tâché de savoir si tu étais prêt.
- Alors Methos avait raison…
- Cette balle perdue, c'est moi qui le lui avait envoyée.
- Tu as osé ? C'est contraire à nos règles.
- N'as-tu jamais aidé un immortel au suicide ? Lorsque je te demandais d'où venait ta magnifique épée, ne te rappelles-tu pas de ta réponse?
- C'était différent. C'était un suicide...
- Je sais ce que tu vas dire, pour ne pas être déshonoré. Tu choisiras l'épée, tu choisiras où, quand et j'exécuterai ta dernière volonté. Tu pourras dire non au dernier moment. Tu sauras quand tu mourras, tu pourras dire au revoir à ce monde, t'y préparer, ce ne sera pas une mort que tu n'as pas choisie, face à un autre immortel. Tu dois mourir pour toi-même et non vivre pour les autres."
Le lendemain, Mélissa et Duncan partirent pour les Highlands. Mélissa devait accompagner celui qu'elle allait "suicider" dans sa dernière volonté. C'était le rituel. Arrivés, elle regardait Duncan observer les hautes terres, boire l'air glacé qui se dégageait de la brume et s'en enivrer. Avant de se coucher (l'exécution aurait lieu à quatre heures du matin, au cœur des Highlands, pour que personne ne s'en rende compte) Duncan demanda à Mélissa s'il était possible qu'une passeuse se trompe. Elle répondit que oui, qu'il y avait toujours une infime part de subjectivité mais qu'en général…Duncan n'y pensa plus et se coucha sur le lit de la petite auberge, après avoir placé son réveil sur la table de chevet.
Cette nuit-là, il vit en rêve un étrange spectacle. Trois femmes qui avaient chacune l'un des traits du visage de Mélissa, entouraient une petite table. Tandis qu'elles tournoyaient autour, les couleurs de leurs robes se métamorphosaient et prenaient des couleurs de plus en plus sombres. Elles avaient placé sur une table de marbre, devant elles, une tête. Quand Duncan s'aperçut qu'il s'agissait de la sienne, il se réveilla en sursaut, hurlant "NON", les mains moites et le corps baigné de sueur. Mélissa entra dans la chambre, le cri l'avait réveillée.
"Qu'as-tu ? Tu auras fait quelque cauchemar, cela arrive souvent tu sais mais ça ne veut pas dire qu'on ne veut pas mourir.
- Je l'ai vue. J'ai vu ma tête, mes yeux vides et blancs, révulsés, tandis que tu tournoyais dans une danse macabre.
- C'est toi qui veut mourir, je ne t'ai jamais forcé…
- Tu me l'as suggéré, conseillé pourtant ! Tu n'as fait qu'aggraver ma douleur, tu t'es déchargée de la tienne et tu as outrepassé les droits d'une passeuse.
- Je n'ai fait qu'être empathique.
- C'était peut-être de l'empathie quand tu as éloigné mon meilleur ami alors que j'en avais besoin ? Cette douleur que tu pensais lire en moi c'était davantage la tienne que la mienne. Mais tu n'as pas voulu la reconnaître, alors pour se débarrasser de cette douleur, tu m'as incité à être ton miroir et à vouloir la mort. Mais aujourd'hui je le sais.
- Tu n'es qu'un lâche qui a peur d'affronter la mort, dit Mélissa avec un ton sarcastique tandis qu'elle dévoilait l'épée qu'elle tenait cachée derrière son dos.
- Je croyais que je pouvais me rétracter, décidément, les règles des "passeuses" sont floues !
- Mais tu n'as pas compris que je te hais depuis l'instant où tu m'as dit que tu connaissais mon immortalité. Toute cette souffrance qui aurait pu m'être évitée... et il me suffisait de faire croire à ma mort pour éviter l'humiliation de ce mariage puis ce cloisonnement sans savoir ce qui allait m'arriver !
- En fait tu savais très bien que j'étais juste dans une mauvaise passe et...
- Prépare-toi à mourir !
Duncan gagna sans mal le combat, le quickening fut d'une telle violence qu'il détruisit rapidement tout le système électrique de la chambre, qui se retrouva plongée dans l'obscurité.
"Elle avait raison pour une chose, c'est vrai qu'on est perdu quand on n'a pas la lumière, on n'y voit rien dans le noir.", dit Duncan, heureux d'être en vie, en allant chercher une bougie.
Le quickening, par la suite, n'eut aucun effet négatif sur lui. Il avait retrouvé le goût de vivre. Il regardait de nouveau les choses d'un œil neuf : cette feuille qui se décrochait de l'arbre pour tomber mollement sur le sol, n'était pas la même que celle qui tombait l'année précédente, et ce n'était pas non plus celle qui tombera dans des siècles et des siècles. Passant le pont Mirabeau, de retour à Paris, il se rappela des vers de Tessa :
"Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure"
Dans des siècles encore, il serait là pour réciter ces vers.


FIN