Natacha

 

Auteur : K’ren

Adresse : byrken@yahoo.fr

Style : Souvenir

Résumé : Trop court pour faire un résumé. Vous n’avez qu’à lire !!

Note de l’auteur :

Cette histoire est basée sur la magnifique chanson de Jean Jacque Goldman Natacha. Un soir, je me suis dit qu’on pouvait sans doute l’appliquer au personnage de Giorgi Kerensky dans Largo Winch. Voilà comment est née, cette petite histoire qui j’espère vous plaira.

Disclaimer :

Le personnage de Giorgi Kerensky ne m’appartient malheureusement pas. Tout comme les paroles de Natacha sont la propriété exclusive de son auteur Jean Jacques Goldman.

Pour les puristes, je signale d’ailleurs que je me suis permise de faire quelques toutes petites modifications (de temps des verbes ou de pronoms) dans ces paroles pour une meilleure intégration dans mon histoire..

Je ne gagne pas d’argent avec cette histoire, elle a juste été écrite pour mon propre plaisir et dans l’espoir de faire plaisir à tout ceux qui auront envie de me lire. Tout ce que j’espère recevoir en échange, ce sont quelques FEED BACK pour me dire ce que vous en avez pensée!!

 

Il faisait nuit noire depuis longtemps déjà. Un homme était immobile sur le pont depuis plusieurs heures. Il était grand, avait de longs cheveux blonds qui s’échappaient d’un vieux chapeau et portait un long pardessus noir. Il se fondait dans la nuit. Il se mit à pleuvoir. Il ne bougea pas. Il fixait toujours le même point sur le fleuve et ne prêtait aucune attention à ce qui l’entourait. Certains regardaient bizarrement pendant quelques instants cet homme que la pluie ne semblait pas déranger et qui était aussi immobile qu’une statue, puis continuaient leur chemin. De longues minutes s’écoulèrent encore ainsi. Pas le moindre mouvement. A vrai dire, il n’était plus là depuis longtemps déjà. Il avait remonté ce fleuve jusqu’à un autre fleuve, situé à quelques milliers de kilomètres de là et à une autre époque. La Viatka. Cela faisait des années qu’il n’y avait plus pensé, mais il n’avait rien oublié. Comme il avait aimé ce fleuve et ce village qui le bordait. Il y avait passé plusieurs hivers dans sa jeunesse, autour du feu et au chant des balalaïkas. De cet enfer glacé, il ne se souvenait que de la chaleur de nuits d’ivresse et d’espoir. Et d’elle. Une jeune fille blonde au teint opalin, au port noble. Une jeune fille qui aimait la vie, mais qui avait tant souffert. Tout comme lui. Il pouvait encore la voir danser autour du feu transportée par le chant des balalaïkas : merveille de grâce, de fragilité et de force. Toutes les Russies coulaient alors en elle et se fondaient dans sa danse. On disait que l’âme de la Russie s’incarnait et s’insufflait en elle, le temps d’une danse. Aujourd’hui, il ne restait plus rien de tout cela. Seulement de la tristesse,des lambeaux d’une jeunesse enfuie et dévastée et

ce grand manteau et ce vieux chapeau qui laissaient passer le froid et ne protégeaient plus de rien. Et surtout pas des souvenirs douloureux.

Il se rappella cette dernière nuit, près de la rivière, quand elle s’était blottie dans ses bras pour se réchauffer après ce bain de minuit et s’était laissée aller à ses baisers et à ses carresses. Il lui avait confié ses peurs, ses angoisses, ses doutes pour l’avenir, son manque de confiance en lui et en les hommes. Elle n’avait pas rit, elle l’avait serré un peu plus fort et l’avait réprimandé d’une voix douce : " Tout le monde a peur,Georgi, mais il faut l’apprivoiser cette peur et te glisser dedans pour continuer à avancer et pour espérer être heureux.Il n’y a pas d’autres choix. On n’oublie jamais rien ni les malheurs, ni les bonheurs. C’est ainsi et on n’y peut rien. " Puis elle l’avait embrassé et il avait oublié tout le reste.

Même après quinze ans, il ne pouvait oublier aucun de ses baisers. Ces baisers où se mélangeaient désespoir et espoir, passé et avenir… ces baisers, souvenirs d’une époque qui n’existait plus, d’une Russie qui avait elle aussi disparue depuis longtemps.

Il ne savait pas alors que ce serait leur dernière nuit. Le lendemain tout avait basculé. Il était parti seul en forêt chercher du bois et l’avait laissé avec les autres devant la cabane avec le chant des balalaïkas. Quand il était revenu, il n’y avait plus de musique, il n’y en aurait plus jamais. Les balalaïkas s’étaient tues à jamais et la danse avait cessé pour toujours. Des soldats étaient venus et avaient interrompu la fête. Ils avaient tiré sans sommation. La mort avait fauché tout le monde. Il la retrouva recroquevillée près du feu, la neige était tâchée de sang, sa robe aussi. Elle ne respirait plus. Il resta des heures accroupi dans la neige, à pleurer sur son corps, sur sa jeunesse enfuie, sur leur avenir prometteur balayé en quelques secondes. Puis il se releva, enterra les corps. Ce fut la dernière qu’il enterra, il avait du mal à se résoudre à se séparer d’elle pour toujours. Dans la fosse qu’il avait creusé, près de son corps, il déposa une balalaïka, pour que la musique et la danse l’accompagne dans l’au-delà. Il fredonna pour la dernière fois leur chanson, prit le manteau et le chapeau qu’elle lui avait fait l’hiver précédent et lui avait offert pour le solstice et partit pour ne plus jamais revenir. Depuis ce jour, il s’était méfié de tous et ne s’était plus donné le droit de s’attacher autant. Il ne savait rien sauf qu’elle avait raison : Le temps qui passe ne guérit de rien. Elle lui manquait encore aujourd’hui.

Une explosion se produisit au loin, faisant un mort. Toujours fixant le fleuve, l’homme sourit. Il lui avait fallu des années avant de découvrir qui était responsable de cette triste visite dans son village, de ce gâchis,de cette nuit qui avait symbolisé pour lui, la mort de la Russie. Mais il y était arrivé. A présent ces amis avaient été vengés… il avait été vengé. Cet homme venait de payer et ne commetrait plus jamais ce genre d’atrocités. Peut-être que lui aussi à présent pourrait recommencer à vivre

et tourner la page. Peut-être qu’il était temps de redevenir un peu l’homme qu’elle avait tant aimé. De nouveaux amis l’y poussaient, des gens qui comme elle l’avaient apprivoisé petit à petit, tiré de sa solitude et accepté tel qu’il était. Des gens auxquels il avait fini par s’attacher malgré toutes ses vieilles promesses et malgré lui.

A travers les gouttes de pluie, il eut soudain l’impression de voir au loin sur le fleuve, dans le vent qui se levait, une ombre en robe blanche qui dansait à perdre haleine sur une vieille musique au son des balalaïkas. Il reserra le col de son pardessus, jeta une rose rouge dans le fleuve en murmurant : adieu Natacha, je ne t’oublierai jamais.

Puis il se détourna et s’enfonça dans la nuit. Une ombre parmi les ombres.

De ses tristesses lui restait un grand manteau qui laisse passer le froid

De ces lambeaux de jeunesse un vieux chapeau qui ne le protège pas

Il savait mieux choisir un chemin,

Se méfier d’une main

Tu vois il ne savait rien

Le temps qui passe ne guérit de rien, Natacha

Toi tu le savais bien.

De mille ans de froid et de toundra

De toutes ces Russie qui coulaient en toi

De trop d’hivers et d’espoirs et d’ivresse

Au chant des Balalaïkas

Tu disais qu’on a peur et qu’on glisse en ses peurs

Comme glissent les nuits de Viatka

Dans chacun de tes baisers Natacha

C’est tout ça qui l’attachait à toi.

FIN.